Greta Thunberg
Faut-il l’inviter ?

Greta se fait connaître à 15 ans en organisant en août 2018 une « grève de l’école pour le climat » ; plutôt que de se rendre à l’école, elle manifeste tous les vendredis devant le Parlement suédois à Stockholm. Cette grève deviendra un mouvement « Fridays For Future » (Vendredi pour l’avenir) qui sera suivi par des lycéens dans le monde entier et connaitra son apogée le 15 mars 2019 avec la « journée de grève mondiale pour le futur ». Véritable icône générationnelle, à 16 ans Greta a déjà fait la une du Time qui l’a désignée comme la leader de la « génération future », rencontré le Pape, Emmanuel Macron, Arnold Schwarzenegger, ancien Gouverneur de la très Green Californie. Elle bénéficie du soutien sans condition du Prix Nobel de Littérature Jean-Marie Gustave Le Clézio « Elle parle pour elle, pour sa génération, mais aussi pour ses enfants à naître, et au-delà des humains, pour notre Terre tout entière, dans sa précieuse et fragile beauté. ». En décembre 2018, elle a participé en Pologne à la Conférence sur le Climat de la COP 24. En Janvier 2019, elle a pris la parole devant des patrons et décideurs du monde entier réunis à Davos pour leur reprocher d’y être venus en jets privés pendant qu’elle avait fait trente deux heures de train depuis sa Suède natale pour préserver la planète des émissions de CO2. En avril 2019, elle fut à nouveau mise en avant par une prise de parole ultra-médiatisée devant le Parlement européen. En juin 2019, Amnesty International a décerné à son mouvement ainsi qu’à elle-même, son prestigieux Prix d’ « Ambassadrice de conscience ». Et pour finir, son nom circule avec insistance pour le prochain Prix Nobel de la Paix.
En 2020, elle prendra une année sabbatique pour se rendre à l’ONU puis au Chili pour la Conférence sur le Climat, toujours en train ?… pour ne pas prendre l’avion. Car le credo de l’icône générationnelle, c’est de sauver la planète et son climat en étant vegan et en ne prenant pas l’avion qui est un très gros pollueur.
Même si ses admirateurs sont nombreux à voir en elle une figure christique ; une « messagère », comme elle se décrit ; ses détracteurs, et ils sont tout aussi nombreux, lui reprochent d’être instrumentalisée par les politiques de tous bords et les média ; d’utiliser pour son profit financier et à celui de sa famille les vieilles ficelles terrorisantes des mouvements écologistes pour alerter sur l’urgence de lutter contre les dérèglements climatiques « Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours » implore-t-elle en larmes lors de ses conférences. Cassandre, elle nous prédit que nous allons tous mourir, et reprend les bonnes vieilles méthodes terrorisantes des écologistes « I want you to panic » – je veux que vous paniquiez -. Péremptoire ? Greta n’hésite pas à déclarer aux participants à la COP 21, du haut de ses 15 ans « vous n’êtes pas assez matures ». De nombreux intellectuels, dont Pascal Bruckner, voient en elle rien de moins qu’une populiste et mettent en garde contre l’écologie qui peut devenir un nouveau totalitarisme.

Greta est l’enfant des « habits neufs de l’Empereur », nous sommes l’empereur et elle nous voit nus. Elle est l’incarnation des millenials et de la nouvelle éducation qu’ils ont reçue. Dans des familles de plus en plus souvent monoparentales ou recomposées, jamais l’enfant n’a été autant valorisé, sa liberté aussi grande, ses opinions respectées. Internet a de plus permis à une génération de startuppers vingtenaires de devenir millionnaires, les confortant dans la vision souvent partagée qu’ils ont des visionnaires émancipés des frustrations de l’ancien monde. Jamais la « génération future » n’a autant incarné l’avenir du monde, faisant passer leurs parents pour une bande de jouisseurs démissionnaires et irresponsables qui ont laissé à leurs enfants le soin de régler leurs problèmes.
Comme le caricature un conférencier « En se levant ce matin Greta a découvert le vaccin contre le Sida, à midi elle a résolu le conflit israélo-arabe mais à 20 heures elle n’a toujours pas rangé sa chambre ». Mais il est très risqué, pour ceux qui s’y risqueraient, de s’attaquer à une ado autiste qui a sombré dans la dépression.

Écrit par Gérald Cohen | le 16/07/2019