La Perruche
La Parisienne « en même temps »

Le Brach, l’Hôtel National des Arts et Métiers, L’Oiseau Blanc,… derniers territoires conquis par le monde de la nuit et des after works, les rooftops et leurs vues imprenables sur Paris sont devenus les spots où être vu. C’est dans ces écrins, à la vue panoramique sur les monuments de la capitale mondiale du luxe, et ses couchés de soleil si chers aux Instagrameuses, qu’est apparue la nouvelle Parisienne : La Perruche.
Bling le soir, Bobo le jour, la Perruche passe avec aisance d’un style à l’autre, d’une branche à une autre. Fan de Must Have, cette trentenaire diplômée au pouvoir d’achat élevé a été éduquée dès sa petite enfance par les campagnes de publicité des groupes de Luxe dont elle est l’avenir. Elle se passionne pour la valse des Directeurs Artistiques des Maisons de Couture, comme d’autres se déchainent pour le Mercato du football. Concernée par tout ce qui touche au Luxe qui est devenu la première industrie Française, la Perruche participe aux journées du Patrimoine de LVMH comme on prenait son abonnement à l’Opéra de Paris au siècle dernier. Passionnée par l’art contemporain, la Perruche ne rate pas une exposition de la Fondation Prada, LVMH ou Kering. Ses It-bags sont aussi indispensables à son statut social que son dernier iPhone ou sa tablette. Comme les It-girls qu’elle suit sur les réseaux sociaux elle est toujours maquillée et impeccablement coiffée, elle participe activement à la croissance à deux chiffres des marques de cosmétiques.
Cette Milléniale née entre 1981 et 1997 est formatée depuis sa naissance pour rester dans le périmètre des Groupes de Luxe, pour les vingt ans à venir. Tout laisse à penser que LVMH deviendra prochainement une matière obligatoire dès l’entrée au Collège.

Héritière de la Bobo, bord cradouille des années 90, la Perruche est concernée par le sort de la planète, de ses travailleurs et fuit les marques de fast fashion qui la déclassent avec leurs tarifs trop accessibles mais aussi à cause de la durée de vie limitée de leurs Collections qu’elle n’a pas le temps de s’approprier. Responsable, elle achète et recycle sur Vestiaire Collective les basics de sa garde-robe qu’elle accessoirise la journée avec un sac Chanel et des baskets Zadig&Voltaire. Ce qui ne l’empêche pas de courir les soldes quand il le faut.
L’industrie du vêtement et de l’accessoire de Luxe de seconde-main dépassera bientôt le chiffre d’affaire des Groupes de Luxe devenu Durables. Acheter des vêtements de seconde-main lui a montré le chemin des show-rooms de location de vêtements comme Panoply, rue de la Paix à Paris, qui lui permet de renouveler ses looks sur Instagram à peu de frais tout en faisant de la place dans ses placards.
La Perruche est vegan une semaine sur deux, mange le plus souvent bio, n’est pas contre un McDo de temps en temps mais vérifie son alimentation sur Yuka. Elle n’a jamais vue une ferme bio, pratique le yoga, a une voyante chinoise et n’est pas contre un rail de coke entre amis le jeudi. Quand elle fait la cuisine, ce n’est pas pour s’assurer de son alimentation mais pour partager sur les réseaux sociaux.
À l’opposé de la branchée désabusée des années 80 et de la bienveillance-blasée de la Bobo, la Perruche est joyeuse. Éduquée, rarement vulgaire, la Perruche est un animal sociable toujours à l’affût d’un bon mot, d’un sac monogrammé, d’une fête ou d’un voyage qui explosera son empreinte carbone.
En alerte sur son perchoir la Perruche a l’œil rond et brillant, le plumage chatoyant et le sourire implacable de la jeune femme qui s’assume financièrement dans un univers professionnel et amoureux très compétitif.
Sentimentale, mais libérée par le Porno Chic des années Tom Ford, elle a adopté la sexualité sans affect des homosexuels.
Partisane du « en même temps » plus qu’opportuniste, la Perruche Parisienne «
est un mélange d’hyper individualisme et de projection en direction des autres et du monde.
Une génération qui n’est pas dans la déconsommation, selon M. Moati, co-Fondateur de l’Observatoire Société et Consommation – ObSoCo – mais dans une forme d’hyperconsommation tournée vers l’être plutôt que l’avoir ». Même si elle n’est pas représentative de l’ensemble de la population française, la Perruche Parisienne reste la source d’inspiration des grands Groupes du secteur de la consommation.

» Extrait de 10 MILLIARDS | La Déferlante Durable © Éditions 1014 – avril 2020

Le 30/11/2022